Voici un article essentiellement réservé aux non-initié·e·s. Pour commencer un blog, ce n'est pas plus mal. Pour celles et ceux donc qui ne sauraient rien du dulcimer des Appalaches, voici quelques éléments de description de l'animal.

Pour illustrer le propos, je vais prendre comme exemple ce dulcimer en forme de sablier (en anglais ont dit hourglass ou sandglass) et donner le petit vocabulaire qui va avec :

stoney_end_large_rot_legendes

C'est un produit de la maison Stoney End, petite entreprise qui se dit familiale, avec cinq personnes dont le propriétaire (et fondateur) et son épouse. Depuis sa création en 1984, la société s'est plutôt spécialisée dans la fabrication des harpes (celtiques, celles à leviers) mais produit aussi des dulcimers, ainsi que des banjos et des bodhrans (tambourins irlandais). L'atelier se situe à Red Wing dans le Minnesota. Dans un élan imaginatif sans précédent, j'ai baptisé Stoney ce dulcimer de ma collection.

Je reste réservé sur le côté "familial". J'ai du mal à faire l'équation entre une équipe aussi restreinte et une production aussi intense que celle affichée, avec en permanence trois ou quatre dulcimers en stock sur Amazon. Quoiqu'il en soit, c'est un instrument solide et esthétiquement correct, fabriqué par des étazuniens qui connaissent leur affaire. De plus, il est assez mélodieux, ce qui ne gâche rien pour un instrument de musique. Pour débuter, c'est un assez bon choix, d'un rapport qualité-prix intéressant (dans les 300 euros sur Amazon). Détail amusant, Stoney End est aussi le titre d'un album de Barbra Streisand.

Pour revenir à l'anatomie, la partie la plus volumineuse est la caisse de résonance, exactement comme sur une guitare ou une mandoline. Cette caisse de résonance a un fond plat qu'on ne voit pas sur la photo, et des côtés courbés qu'on appelle éclisses. Le volume sonore du dulcimer est proportionnel au volume de la caisse de résonance. Il en va de même pour la qualité du son, plus moëlleux avec les caisses de plus grand volume et plus dur ou métallique avec les caisses de petit volume.

Le dessus de la caisse de résonnance est la table d'harmonie. C'est elle qui transmet les vibration des cordes à l'air contenu dans la caisse de résonance. On voit sur la photo que la table d'harmonie n'est pas faite du même bois (ici c'est de l'épicéa) que le reste de la caisse (ici du noyer). Cette question de bois est fondamentale et mérite un article entier, au moins (Bois sonnants (1), du 20/02/2018).

La table de résonance est percée d'ouïes qui permettent, comme dirait ma petite fille, de faire "sortir" le son de l'instrument. C'est effectivement par là que les vibrations se transmettent de l'intérieur de la caisse à l'air ambiant, puis à notre tympan. Il existe normalement une paire d'ouïes dans chacune des deux parties renflées du sablier. Certains disent qu'il faut que le dulcimer respire, c'est à dire que l'air qui est chassé d'un côté par compression puisse être remplacé d'un autre côté. Ce qui est sûr, c'est que le rapport entre la surface totale des ouïes et le volume de la caisse intervient dans la qualité du son. De même, l'écartement entre les deux paires d'ouïes semble être important. Le motif des ouïes n'a qu'un rôle esthétique, à condition bien sûr d'offrir la surface suffisante.

Sur la table d'harmonie est collée la touche, qui ressemble à un manche de guitare, mais ne dépasse de l'instrument que pour recevoir la tête ou crosse, avec les mécanismes (clés) d'accordage.

stoney_end_VSL

La VSL (pour l'anglais Vibrating String Length) ou diapason est la distance séparant le sillet de tête du chevalet. Comme sur le manche d'une guitare, cet espace est divisé en segments par des barettes métalliques appelées frettes, qui matérialisent les intervalles sonores entre les notes. Le fait de poser son doigt sur une corde à gauche d'une frette réduit la longueur vibrante de cette corde et modifie la note émise, selon des lois d'acoustique qui font l'objet d'un autre article (Sur la corde, du 06/02/2018).

Noter, à droite de la photo, à peu près au niveau des ouïes, entre le chevalet et la dernière frette, une zone déprimée de la touche qui marque l'endroit où le musicien "gratte" les cordes. Je n'ai pas trouvé de terme français pour cet endroit, que les anglosaxons appellent strum hollow, c'est à dire littéralement le creux (hollow) où l'on gratte (strum). Quelqu'un connaît-il un autre terme?

Sur ce dulcimer, le sillet de tête et le chevalet sont en matière plastique, comme c'est très souvent le cas. Il serait préférable qu'ils soient faits d'une matière plus dure, par exemple de l'os ou de l'ivoire.

Voilà pour la revue d'ensemble. Passons maintenant aux détails, en commençant par la tête.

stoney_end_teteLa photo montre la position des quatre clés d'accordage et des mécanismes correspondant aux quatre cordes de ce dulcimer. Il y a deux chanterelles (il peut n'y en avoir qu'une) pour les notes les plus aiguës. Les autres cordes, la corde médiane et la corde des basses sont appelées ensemble bourdons. Dans le jeu traditionnel, la mélodie est jouée exclusivement sur la (ou les) chanterelle(s) (en anglais melody strings ou trebbles) et les deux autres cordes jouent en permanence les mêmes notes, à la manière des bourdons (en anglais drones) d'une vielle à roue où d'une cornemuse.

Sur la touche, les frettes se suivent avec des intervalles de longueurs différentes et sont numérotées de 1 à 17. Le sillet de tête est considéré comme la frette 0 (zéro).

La tête de ce dulcimer est plate, mais elle peut aussi avoir diverses formes, à condition bien sûr de laisser la place aux mécanismes d'accordage. Beaucoup de dulcimers ont une crosse sculptée en rouleau ou volute. D'autres peuvent avoir des sculptures plus sophistiquées, comme des têtes d'animaux ou de personnages, mais c'est plus cher ...

stoney_end_bottomA l'arrière (si l'on peut dire) du dulcimer, la photo ci-contre me permet de constater que des cordes ne sont pas bien placées dans le chevalet, ce que je n'avais pas vu auparavant et que je vais réparer de suite.  Le cordier est l'endroit où les cordes passent par dessus l'extrémité de la touche pour venir s'attacher sur les petits plots ou crochets fixés dans le tasseau de fond. A cet endroit, la géométrie de la touche doit être calculée pour que les cordes prennent une inclinaison selon un angle bien précis derrière le chevalet. Il en va d'ailleurs de même à l'autre extrémité de l'instrument, entre le sillet de tête et les mécanismes d'accordage.

J'espère qu'à l'issue de cet article le dulcimer paraît moins mystérieux. J'espère aussi avoir donné un peu envie de savoir et de comprendre comment ça marche, et ce qu'on peut faire avec. Alors...

 

Pour ceux et celles que ça intéresse, cet article (Sous le capot, du 29/11/2018) décrit plus avant ce qu'un dulcimer a dans le ventre, et comment il produit du son.


... A+